Une réforme pour sortir de la logique tout ou rien
La fin de carrière est souvent perçue comme un saut brutal entre le travail à plein temps et l'inactivité totale. Cette dichotomie, qualifiée de "spécificité française" par Astrid Panosyan-Bouvet, ministre du Travail, contribue à un manque d’intérêt pour la retraite progressive, qui n'est choisie que par moins de 0,5 % des futurs retraités chaque année.
La réforme approuvée en mai 2025 a pour but de corriger cet état de fait. Basée sur des accords interprofessionnels conclus en novembre 2024, elle vise à revaloriser le travail des seniors tout en les incitant à prolonger leur carrière. L’objectif est d’assurer plus de flexibilité et de visibilité en réduisant la perte de revenus.
Le principe de la retraite progressive, élargi à tous
Ce dispositif simple permettra de diminuer son activité tout en touchant une partie de sa pension. Auparavant réservé à certains salariés, il sera désormais accessible à tous, y compris les fonctionnaires, indépendants et salariés multi-employeurs à partir du 1er septembre 2025. Ce changement représente une avancée significative dans le cadre de cette réforme.
Les conditions d’accès se voient également assouplies :
- Âge minimum requis : 60 ans (contre 62 auparavant pour certains régimes)
- Durée de cotisation : 150 trimestres validés, tous régimes confondus
- Temps de travail : compris entre 40 % et 80 % d’un temps complet (ou 50 % à 90 % dans la fonction publique)
Conditions d’accès : avant et après la réforme
| Critères | Avant réforme | Après réforme (sept. 2025) |
|---|---|---|
| Bénéficiaires | Salariés du privé | Tous les actifs (privé, public, etc.) |
| Âge d’ouverture | 60 à 62 ans selon le régime | 60 ans pour tous |
| Trimestres requis | 150 (inchangé) | 150 |
| Temps de travail autorisé | 40 % à 80 % | 40 % à 80 % (50-90 % pour les fonctionnaires) |
Une incitation financière pensée pour ne pas pénaliser
Un des principaux freins à la retraite progressive a longtemps été la réduction des revenus associés à un passage à temps partiel. La réforme propose alors la possibilité de percevoir la prime de départ à la retraite en avance.
Par exemple, un salarié travaillant à 70 % pourra, grâce à un accord d’entreprise, toucher chaque mois une partie de sa prime de départ pour compenser la baisse de salaire. Elle sera ensuite ajustée lors du départ définitif à la retraite. Un cas concret : un salarié de 60 ans avec 30 ans d'ancienneté qui passe à 70 % de travail en janvier 2026 pourra bénéficier d'une régularisation de sa prime dès le début.
Des refus plus difficiles pour les employeurs
Avec cette réforme, l’employeur ne pourra plus refuser une demande de temps partiel sans fourniture de justification valable. Il devra prouver que l'absence partielle de l'employé compromet le bon fonctionnement de l'organisation ou qu'un remplacement est impossible. Sans raisons solides, la demande devra être acceptée, limitant ainsi les obstacles souvent rencontrés dans les entreprises.
Des bénéfices multiples pour les seniors… et pour les entreprises
Cette réforme, en favorisant une sortie progressive du marché du travail, devrait avoir plusieurs effets positifs :
- Réduction des ruptures anticipées (ruptures conventionnelles, inaptitudes, chômage senior)
- Préservation de l’expertise des salariés expérimentés
- Amélioration de la transmission des savoirs au sein de l’entreprise
- Meilleure qualité de vie au travail pour les plus de 60 ans
Cette nouvelle flexibilité pourrait également réduire l’usure professionnelle, notamment dans les professions physiques ou en tension.
Une entrée en vigueur rapide et attendue
Le projet de loi a été soumis au Conseil des ministres le 7 mai 2025, avec un examen prévu au Sénat le 5 juin. Si tout se déroule comme prévu, la réforme entrera en vigueur le 1er septembre 2025, coïncidant avec les décrets d’application.
Les premiers bénéficiaires pourront faire leurs demandes en ligne dès la rentrée, via une procédure déjà testée depuis février pour les demandes classiques.
Une évolution majeure pour la fin de carrière
En élargissant et consolidant la retraite progressive, cette réforme marque un tournant culturel important : celle d’une fin de carrière plus souple et choisie, plutôt que subie. Elle permet aux seniors de rester actifs à leur propre rythme sans compromettre leurs droits ou leur équilibre entre vie professionnelle et personnelle.
Pour en tirer pleinement parti, un accompagnement et une bonne information sont essentiels. Le succès de cette initiative dépendra également de l’engagement des entreprises à faciliter cette transition professionnelle de manière judicieuse et anticipée.







