À l'approche du troisième âge, surtout lorsque l'on évoque le quatrième âge, la maladie d'Alzheimer et, plus généralement, la sénilité sont des préoccupations fréquentes. Cependant, au-delà de ces affections, il est indéniable que les fonctions cognitives tendent à s'affaiblir. Si l'âge joue un rôle central dans ce phénomène, il est crucial de considérer l'impact des transformations sociales qui l'accompagnent, notamment le passage à la retraite. En effet, il est logique que la retraite modifie notre engagement cérébral et, par conséquent, nos capacités cognitives.
Nous nous intéresserons ici aux effets spécifiques de la cessation d’activité professionnelle sur nos facultés cognitives. Bien que tous les retraités ne deviennent pas inactifs et que cette période puisse rimer avec nouvelles activités et passions, il est clair que les parties du cerveau stimulées changent, et souvent d'une manière significativement différente. Un article du CNRS, publié en 2014, a traité ce sujet à travers les recherches du professeur en psychologie du vieillissement, Stéphane Adam, dont nous vous proposons ici les principaux résultats.
Un effet négatif de la retraite sur la mémoire
Les résultats des recherches indiquent que la retraite pourrait effectivement nuire à nos capacités cognitives, en particulier à notre mémoire. Une étude croisée portant sur 55 000 individus dans 11 pays européens permet de constater cette corrélation (bien qu'en science, corrélation ne signifie pas nécessairement causalité). Les tests, qui consistaient à répéter des listes de mots ou à énumérer le plus rapidement des noms d’animaux, ont montré que les meilleurs résultats étaient associés aux pays où l'âge moyen de départ à la retraite est plus tardif. En effet, l'année suivant la retraite serait celle où les déficits cognitifs se manifestent le plus. Aux États-Unis, par exemple, les participants de 63 ans, soit un an après leur départ à la retraite, ont affiché la plus forte baisse mémorielle, selon une étude complémentaire.
Il est important de noter que ces résultats, bien que reposant sur des échantillons solides, révèlent des tendances. Comme le souligne le professeur Adam, cette diminution de capacité cognitive peut être imperceptible aux participants eux-mêmes; on ne devient pas sénile immédiatement après la retraite. Il ajoute également que si l'activité physique peut permettre de préserver la mémoire, au fil du temps, les capacités de chacun finissent par se rapprocher, qu'on soit resté actif ou non.
De multiples facteurs à considérer
Bien que la corrélation entre retraite et déclin cognitif existe, il ne s’agit pas de tirer des conclusions hâtives. Ce ne sont pas uniquement l’arrêt de l'activité et la chute de l'engagement qui représentent le problème. De nombreux facteurs psychosociaux jouent un rôle. Le passage à la retraite affecte souvent la perception de soi et peut entraîner un sentiment d’inutilité, surtout lorsque la retraite est perçue comme un luxe coûté par le travail des autres. Ce sentiment, semblable à la stigmatisation des chômeurs, souligne que prendre sa retraite peut être perçu comme un fardeau pour la société.
Une telle perspective a des répercussions tangibles sur la santé cognitive. Les recherches montrent ainsi que les attitudes négatives envers le vieillissement sont liées à des problèmes de santé accrus. Si un déclin cognitif suit indéniablement un passage à la retraite, d’autres éléments influencent cette dynamique. Il est crucial d’éviter des interprétations simplistes qui pourraient nuire aux personnes âgées, en particulier si ces idées doivent influencer les décideurs politiques.
Rester en activité sous d'autres formes
Il serait simpliste de considérer que l'allongement de la durée de travail est la solution. Bien que poursuivre son activité puisse avoir des effets positifs sur les capacités cognitives, cela entraîne également des impacts négatifs sur la santé physique et sur l’espérance de vie. D’ailleurs, la pénibilité du travail joue un rôle significatif où la diminution des facultés n’implique pas des conséquences dramatiques : lors de la retraite, les capacités cognitives ne sont pas souvent sollicitées et, paradoxalement, peuvent même diminuer moins vite lors de la transition vers des activités variées. L’importance d’une mémoire impeccable au moment de la retraite peut sembler superflue, surtout lorsque la majorité des retraités n’en constatent pas l’affaiblissement (sauf en cas de maladies comme Alzheimer).
En somme, si le maintien en activité a des avantages cognitifs, cela doit être réévalué, considérant également l’enrichissement de la santé mentale que la retraite peut apporter par la réduction du stress professionnel. Toutes les professions n’ utilisent pas les mêmes zones du cerveau : les ouvriers, par exemple, voient parfois leur mémoire moins affectée que ceux occupant des postes plus cérébraux. Les horaires décalés, répandus chez les travailleurs précaires, contribuent aussi à un déclin cognitif prématuré, et une retraite anticipée peut leur être particulièrement bénéfique.







