Bernard Leménager, âgé de 72 ans, a choisi de consacrer sa retraite à une noble cause en devenant chirurgien volontaire pour Médecins sans frontières (MSF), qui célèbre cette année ses 50 ans.
Étonnamment, Bernard aurait pu savourer une retraite tranquille entre Paris et la Normandie, où il apprécie des activités simples tels que ramasser des pommes ou rendre visite à des vaches. Cependant, il se rend quatre à cinq fois par an en Afrique (République démocratique du Congo, Centrafrique) ou au Proche-Orient (Yémen, Syrie, Irak) pour apporter son aide en opérant des civils et des blessés de guerre lors de missions d'environ un mois. Quand on lui demande ce qui le motive, il plaisante en disant : "MSF, c'est une belle agence de voyages !" Mais cette blague masque une profonde sincérité.
Engagement humanitaire et motivation de l’action
Bernard Leménager : Mon attrait pour l'humanitaire a toujours été présent. Il me semble plus enrichissant de voir le monde à travers cette lentille plutôt que par le pur tourisme. Participer à une mission d'un mois au Mali avec Aide médicale internationale en 1986 a été le début de mon aventure. Plus tard, j'ai rencontré des membres de MSF et j'ai décidé d'explorer cette voie plus approfondie encore.
Le saut vers l’humanitaire avec MSF
B.L. : Au départ, MSF m'intimidait. Je doutais de mes compétences techniques. Après plusieurs missions avec de petites organisations, j'ai eu le courage de revenir vers MSF il y a onze ans. J'y ai découvert une structure bien organisée et professionnelle, avec les moyens adaptés pour les situations d'urgence, ce qui m'a incité à prendre ma retraite plus tôt.
Expériences de terrain et enrichissement personnel
B.L. : Les rencontres humaines durant ces missions sont inestimables. Nous travaillons en équipes multiculturelles, et les échanges avec les locaux enrichissent encore plus notre expérience. Professionnellement, l'humanitaire offre un cadre différent ; il exige de s'adapter à des situations variées comme la traumatologie ou l'obstétrique. Operer avec des moyens limités m'a rappelé mes débuts comme interne.
Affronter la violence et le stress
B.L. : MSF prépare ses équipes à faire face à des situations d'urgence, des attaques ou des menaces de violences. Les missions peuvent parfois être périlleuses, comme lors de mon séjour à Alep en Syrie, où les menaces se faisaient omniprésentes. Il faut accepter le danger comme une partie intégrante de l'expérience.
Réflexions émotionnelles sur le terrain
B.L. : Au sein de notre travail, l'émotion ne doit pas interférer durant une opération. Il y a des moments éprouvants, comme celui d'opérer une jeune fille blessée par une mine. Mais les réussites compensent les horreurs que l'on voit. Un an après une de mes interventions, j'ai revu un enfant que j'avais opéré, s'occupant de ses chèvres, un souvenir précieux qui motive notre engagement.
Un avenir incertain mais passionnant
B.L. : Une limite doit être fixée, et je réfléchis aux missions futures. En plus, je ressens toujours cette envie de contribuer. Cependant, je réalise que les jeunes doivent prendre le relais. Après cet entretien, je vais me renseigner sur les besoins urgents sur le terrain.
MSF en chiffres
Créée en 1971 par des médecins et journalistes, MSF est présente dans plus de 70 pays. Ses équipes, animées par les principes de neutralité et d'indépendance, engagent annuellement plus de 41 000 personnes, professionnels et bénévoles. À MSF France, les volontaires de plus de 60 ans représentent 6% des 1 128 volontaires actifs.







