Le Medef a récemment dévoilé sa vision de la réforme des retraites, plaçant le report de l'âge légal au centre de sa stratégie. À l'approche de la fin des concertations dirigées par Jean-Paul Delevoye, l'organisation patronale a opté pour une solution qui pourrait faire polémique : faire travailler les Français plus longtemps.
L'âge de la retraite face à l'espérance de vie
Pour le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, la situation démographique actuelle exige une réévaluation de l'âge de départ à la retraite. Entre 1970 et 2015, l'espérance de vie en France a augmenté de dix ans, entraînant une durée de retraite qui, avec plus de 27 ans, est la plus élevée des pays développés. Ce phénomène, couplé à un déclin du ratio cotisants/retraités, pousse l'organisation à proposer de porter l'âge légal de 62 à 64 ans sur une période de huit ans, soit un trimestre additionnel chaque année. Cet « âge d'équilibre » serait par ailleurs indexé sur les évolutions futures de l'espérance de vie.
Malgré cette proposition ambitieuse, Roux de Bézieux met en garde contre les conséquences d'un maintien de l'âge à 62 ans, avertissant qu'une telle décision entraînerait de lourdes décotes pour les retraités.
Une opposition majoritaire face à la réforme
Les Français montrent une forte résistance à cette idée. Un récent sondage Cecop/Ifop révèle que 79% des personnes interrogées s'opposent à un report de l'âge de départ à la retraite, et 41% plaident pour un retour à 60 ans. Ce contexte a créé des tensions dans les négociations en cours, poussant même certains syndicats à quitter la table des discussions.
Vers un système à deux étages
En plus de cette proposition de report, le Medef envisage de transformer l'architecture actuelle du système de retraite. L'idée est de substituer les 42 régimes existants par un modèle à deux étages : un socle commun financé par l'État pour les prestations de solidarité, et un régime par points prenant en compte les cotisations du secteur public et privé. Cela nécessiterait une harmonisation des règles à travers les différents régimes, impliquant une transition d’environ huit ans pour coïncider avec le nouvel âge de départ à la retraite.
Cette réforme soulève de nombreuses interrogations sur l'avenir des seniors au travail. Alors que la France a réussi à augmenter le taux d'emploi des 55-59 ans, des efforts restent à fournir pour les 60-64 ans, confrontés à des taux d'emploi bien en deçà des moyennes européennes. L'organisation envisage donc de promouvoir le travail des retraités et d'instaurer des mesures pour faciliter leur retour à l'emploi.







